Rencontre-débat avec Nabila Hamdaoui, discutée avec Ilham Igueld

Le mercredi 15 avril 2026 à 18h30
Salle des colloques 2, Site Saint-Charles de l’université de Montpellier Paul Valéry

Quelles pratiques d’accompagnement sont possibles pour des femmes migrantes confrontées aux violences et à la précarité ?

Si la lutte contre les violences faites aux femmes s’est progressivement imposée comme un problème public central à partir des années 2000, elle repose aussi sur le pari d’une lecture universelle et consensuelle de la cause des femmes (Lacombre, 2015). Cette approche, en consacrant une lecture homogénéisante des violences, contribue à invisibiliser des expériences spécifiques. Ainsi, malgré une mise à l’agenda public déjà tardive, la situation des femmes migrantes demeure largement impensée dans le déploiement des politiques publiques en France. Inscrites dans des contextes de violences particuliers, elles se trouvent confrontées aux ambivalences de l’action publique, prises entre des discours de protection et des logiques de gestion migratoire restrictive, notamment en matière de santé et de droit au séjour. Souvent appréhendées comme soumises, dépendantes de l’assistance, renvoyées à des « ailleurs culturels », les femmes migrantes sont faiblement prises en compte par les politiques publiques au niveau de leurs besoins matériels d’existence et occultées en tant qu’actrices (Moujoud, 2008). Dès lors, plusieurs questions se posent : Quels freins rencontrent les femmes migrantes pour l’accès aux droits et dispositifs de protection ? Quelle place est accordée aux expériences d’inégalités vécues ? Quelles normes d’action publique sont produites ? Quelles représentations des violences vécues par des femmes en situation minoritaire (Guillaumin, 2002 [1972]) sont véhiculées ?

À partir des résultats de travaux de recherche, nous verrons que l’analyse d’interventions sanitaires et sociales menées en territoire sensible met en lumière les effets des pratiques d’accompagnement sur les expériences institutionnelles des femmes migrantes, révélant à la fois des processus de reconstruction, des obstacles structurels aux parcours de sortie des violences et la production de normes d’action publique. Construits sur une méthodologie valorisant les récits de vie et l’expertise professionnelle, les données empiriques montrent comment se construit la figure de la « bonne victime étrangère » à protéger, tout en soulignant l’émergence de pratiques féministes compensatrices favorisant des dynamiques de résistance et de mise en visibilité du problème, en prenant appui sur des matériaux diversifiés (récits de pratiques, entretiens biographiques, intervention sociale participative de recherche).

Nabila Hamdaoui est doctorante-chercheuse en Sciences de l’Education (Université Paris Est). Sa thèse s’intitule « Le traitement public des violences de genre en contexte migratoire. Des relations femmes migrantes et professionnelles engagées au sein d’un espace d’intervention publique et social : rapports asymétriques, alliances stratégiques, pratiques émancipatrices ».
Ilham Igueld, est cheffe de service dans un centre d’hébergement d’urgence à destination des femmes victimes de violences et titulaire du Master 2 Intermédiation et Développement Social (Université Paul Valéry – Montpellier 3). Son mémoire en master porte sur les angles morts des politiques publiques à l’égard des femmes étrangères victimes de violences conjugales.
La rencontre sera animée par Olivier Noël, sociologue, ISCRA-CORHIS.

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