Soixante-dix fantômes
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Soixante-dix fantômes

de Nathalie Quintane

Soixante et un courts textes en réalité. Le sous-titre, choses vues, rend bien le désarroi de l’autrice devant la vie quotidienne qui semble échapper et se perdre : « les régimes autoritaires sont caractérisés par une quotidienneté de l’absurde ». Tout au long de ce recueil de nouvelles, Quintane est aux prises avec un sentiment de décalage voulu, subjectif, elle tente par tous les moyens de se mettre à distance.

Comme dans un recueil précédent, les Années 10, son style s’attache à certains détails, les camions noirs, les moustaches, les muscles gonflés, autant de marqueurs d’abord discrets puis purulents de l’extrême-droitisation du quotidien, qu’elle analyse et dont elle laisse l’impression en elle enfler, pour l’écrire.

Par cette prose que l’on pourrait dire calmement hallucinée, Quintane passe sans effort de l’évocation des choses vues, physiques, aux fantasmes qu’elles lui suggèrent, laissant les deux planer également comme autant de fantômes au-dessus de la réalité. Ainsi de la petite boule de Sopalin par terre, qui provoque les hurlements d’un type en bagnole, et la voit en imagination s’effondrer, rouée de bleus.

Les soixante-dix fantômes sont un groupe de profs, réunis par une pétition contre le renvoi d’une élève (sous OQTF : on épèle le sigle). Mais l’assemblée paraît dérisoire, perdue… Quintane inverse le récit de la lutte victorieuse en s’attachant aux riens : soleil sur les marches du perron, les discussions vides, le désarroi… pour en venir à la conclusion glaciale : une famille dégagée par les flics dès le matin, qui détruisent la porte de leur foyer en l’enfonçant.

Coup de cœur de Valentin
Le

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