
Paysages voraces
de Guillaume Aubin
La Contre allée, c’est toujours la promesse de texte originaux, sinon bouleversants. Celui de Guillaume Aubin ne fait pas exception à la règle.
Dans la veine du roman d’anticipation, l’auteur raconte un monde incroyablement imaginaire, gouverné par l’Être. Peut-être animal, peut-être végétal, il est craint autant qu’il fascine. Les Femmes, rassemblées en plusieurs villes, villages ou communautés ont l’habitude, depuis toujours (du moins le croient-elles), d’ingérer à dose régulière du jaune, produit qui rend les chairs humaines toxiques pour l’Être et sauve les Femmes d’une mort certaine, tout en les empoisonnant à petit feu. Le décor est posé.
En alternant entre extraits imaginaires de presse et narration plus classique, on découvre Marir Tomé, historienne de renom et surtout ses recherches sur la théorie de l’Éphémérité. Marir avance que le monde n’a pas toujours été tel qu’il est, que le jaune n’a pas toujours été si évident. Mais, assez tôt dans le roman, elle disparaît, laissant ses travaux en cours à son amante. Aussi, Sicane et d’autres universitaires décident de s’engager à la suite de Marir. Mais jusqu’où doivent-elles aller dans cette quête de vérité qui menace leur intégrité intellectuelle, parfois physique ?
Un roman fourmillant de détails et d’inventivité, sur le poids de la recherche universitaire, la dangerosité de la remise en cause de l’ordre établi et du roman national dominant. Des interrogations imaginaires qui ne sont pas sans faire écho à des questions contemporaines.