
Nul ennemi comme frère
de Frédérique Paulin
Dans ce 1er livre d’une nouvelle trilogie consacrée au conflit libanais, Frédéric Paulin nous entraîne, entre Beyrouth et Paris, dans la guerre libanaise qui a démarré en 1975. C’est un méli-mélo invraisemblable dans les antagonismes qui nourrissent les communautés religieuses libanaises dont on se demande comment elles peuvent s’en sortir. Dans ces affrontements fratricides et religieux, les grandes puissances (France, Israël, USA) et d’autres comme la Syrie et l’Iran essaient de faire progresser leur dynamiques politiques, guerrières ou pacifiques. Les péripéties sont vues et vécues par différent-es protagonistes, un exilé lybien en France qui bosse pour la droite, un militaire de la DGSE (qui, comme d’habitude chez Frédérique Paulin) essaie de convaincre sa hiérarchie parisienne qu’elle se plante dans ses analyses, un diplomate à Beyrouth qui devient conseiller de la gauche française, puis de Mitterrand. Sans compter des policiers français des RG qui traquent Action Directe… protégée par le gouvernement socialiste! Et quelques femmes “fatales” (personnages récurrents également chez Frédérique Paulin).
Et du côté libanais, une multitude de personnages (trop, on peut se poser la question, tellement la mémoire des noms est mise à mal!) qui se massacrent, complotent, nouent des alliances, posent des bombes, renseignent. Avec un hapex de l’horreur lors des massacres de Sabra et Chatila.
Malgré ce grouillement de personnages et de péripéties, Frédérique Paulin nous fait entrevoir la complexité, le pourrissement et surtout la logique des enchaînements de violence, résultats parfois de coups de billard à 3 ou 4 bandes. Ce roman est visiblement extrêmement bien documenté, même si certaines actions passent – sans doute – par des personnages fictifs. C’est passionnant à lire, à découvrir les dessous de la république française et de ces épisodes de la guerre du Liban. Dont on se demande vraiment comment les civils et les communautés pourraient vivre un jour en paix.