
Lessivée
de Alison Bechdel
La bédé continue la veine autobiographique d’Alison Bechdel, depuis ses débuts avec Lesbiennes à suivre, jusqu’au plus récent Le secret de la force surhumaine, en passant par le très célèbre Funhome, dont Lessivée raconte les déboires d’une adaptation télévisuelle.
Comme d’habitude, Bechdel mêle un propos théorique exigeant, voire cérébral (centré ici autour de la théorie de la marchandise dans le Capital de Marx), aux méandres du quotidien. La bédé raconte les troubles relationnels, professionnels et politiques liés à l’entrée de l’autrice dans la culture mainstream du fait de cette adaptation en série de son succès de librairie. Le succès télévisuel prévu charrie bien sûr son lot de critiques, ses déceptions, mais également ses dilemmes moraux. Tout comme les développements de la contre-culture queer interrogent et amusent une de ses précurseures…
Pour la première fois, Bechdel confesse une forme de décalage avec le petit monde progressiste du Vermont, qui est aussi le sien : sans jamais cesser d’être solidaire de sa communauté, l’autrice sexagénaire illustre à plusieurs reprises par des anecdotes et quiproquos hilarants son sentiment de ne plus parvenir à suivre. Les nombreux passages consacrés au polyamour sont à la fois tendres, justes, drôles, et l’on ne se départit jamais du sentiment d’avoir affaire à une alliée bienveillante, même dans ses réserves.
En effet, au-delà des doutes posés à l’autrice et à toute une communauté par la commercialisation à outrance de son esthétique et de ses valeurs, Bechdel nous donne surtout à voir les actions, les propos et les échanges d’une série de personnages humaines en ce qu’elles choisissent toujours d’essayer, d’être libres.