
La dernière de Wilberforce
de Julia Kerninon
Dans l’enfance de Waldo, les vacances sur la presqu’île sont incontournables. Ce genre de vacances où les enfants forment un quatuor indépendant et inséparable – dont on imagine aisément les cheveux poisseux de sel et les pieds nus -, où les mères trouvent enfin le temps de se confier, de trouver soutien, réconfort et moments de joie, où les pères sont absents d’une façon ou d’une autre. Jusqu’au jour où, les enfants adolescents, Annabel est retrouvée noyée et quelques jours plus tard, Adam se tue.
À partir de là, toutes les relations et façons d’habiter le monde sont remodelées. Jusqu’au moment où les mères réussissent à communiquer à nouveau et décident d’organiser, sur la presqu’île, une grande fête, rassemblant tous les habitants. Le règlement de comptes, le point de tension vers lequel tout le livre s’est dirigé crescendo.
En attendant, on se fait balader par l’alternance de narrateurs et narratrices, omniscients finalement, mais qui ne distillent les indices qu’au compte-gouttes. Bien sûr, vu le contexte, l’histoire qui fait écho à tant d’autres histoires (réelles ou fictionnelles), on pense très vite avoir compris. Puis on réalise qu’on ne détient qu’une version parcellaire de la vérité.
Mise en abîme utilisée comme matériau de fiction, Julia Kerninon accorde une grande importance aux mots, au travail d’écriture dont elle décrit le processus, les questionnements et l’interdépendance avec la vie privée. Aussi, comme toujours, on retrouve une grande douceur dans l’écriture. Sauf que dans ce livre, elle se confronte à une violence de la narration.
Coup de cœur de Claire
Le