38 rue de Londres – De l’impunité, Pinochet et le Nazi de Patagonie
Sands

38 rue de Londres - De l’impunité, Pinochet et le Nazi de Patagonie

de Phiippe Sands

Philippe Sands est un écrivain franco-britannique, et également avocat spécialisé dans le droit international dans des juridictions internationales telles que la CPI et la CEDH. Dans cet ouvrage, (38 rue de Londres est l’adresse d’un des lieux de torture à Santiago durant la dictature Pinochet), il met en parallèle l’imbroglio juridique suite à la demande d’extradition de la justice espagnole et de l’arrestation de Pinochet quand celui-ci était soigné à Londres en 1998, avec son enquête personnelle consacrée au nazi Walther Rauff, décédé en 1984, responsable de l’invention des camions de gazage (97 000 victimes) et réfugié en Patagonie après la guerre.

Que veulent dire les mots immunité et impunité pour un chef de gouvernement ? À partir de quand bascule-t-on d’opérations de police à des assassinats politiques à grande échelle ? Un pays tiers peut-il mettre en accusation et juger un responsable politique étranger ? Comment appliquer la compétence universelle ? Ces questions ont un aspect juridique complexe ; trop complexe à notre sens : pourquoi ne juge-t-on pas de manière plus rapide un tel dictateur ? Mais pour qu’un procès ait un sens, il est nécessaire que le droit soit appliqué, que les législations nationales soient respectées, de la même manière que Badinter avait défendu l’exemplarité et la rigueur du procès Papon.

Parallèlement à ces arguties judiciaires concernant Pinochet, Sands développe son enquête chilienne sur l’exil de Walther Rauff, sur le caractère de ce personnage, sur son entreprise de pêche aux crabes dans la région de Punta Arenas, et surtout sur sa potentielle collaboration avec le régime dictatorial chilien On remonte la filière où les suppositions s’accumulent, les hypothèses se précisent, mais où il manque toujours la preuve matérielle, la signature d’un document, l’indice irréfutable.

Les deux récits s’entremêlent, dans une forme d’écho et de relation entre ces deux personnages. Même si la partie juridique concernant Pinochet est parfois ardue, Philippe Sands la développe comme un polar, lui-même ayant été impliqué à titre personnel dans les différents jugements. Cet auteur sait raconter des histoires et ce double récit, passionnant, en est la preuve.

J’ai parfois eu la colère au ventre de voir comment ces personnages terribles ont finalement pu échapper à la justice. Mais la justice et l’affectif ne font pas bon ménage. Il faut s’en souvenir alors que la CPI est actuellement soumise aux feux roulants de nombre de chefs d’État.

Coup de cœur de François
Le

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